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Andrei Dragoș Beșteală, 14 ans, de Alexandria, Teleorman, Roumanie, participe à la 6ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire. Il est encadré par la professeure Mirela Velcea, du Centre Départemental d’Excellence de Teleorman. Nous le remercions pour sa participation et lui adressons tous nos vœux de succès.
La bibliothèque des souvenirs perdus
Monsieur Émile n’était pas un homme connu. Il vivait seul, entre les livres d’une vieille bibliothèque d’une petite ville.
Jour après jour, il essuyait les couvertures fatiguées des volumes et écoutait, d’une certaine manière, le bruissement du papier vieilli, comme un langage secret qu’il était le seul à comprendre.
Un soir, alors qu’il cherchait un livre, il tomba derrière une étagère, sa main s’arrêtant sur un nœud de bois. Curieux, il le frappa. Il entendit un léger claquement, puis un froid glacial lui caressa le visage. Dans le mur de pierre se trouvait une porte étroite, comme un fantôme en bois oublié par le monde. Il avança. Une salle silencieuse l’attendait, faiblement éclairée par des chandeliers qui semblaient brûler sans feu. Sur les étagères se trouvaient milliers de livres sans titre. Il ouvra un. Il n’y avait pas de mots – juste une photo d’un enfant courant dans un verger. L’odeur de pommes lui rappelait son enfance.
Une douleur s’installa dans son âme. Il comprit que la bibliothèque cachée n’était pas pour les vifs. Elle était pour ceux qui ont perdu la mémoire et se sont réunis là-bas, dans une attente éternelle.
Emil revenait tous les jours. Il lisait livre après livre. Parfois il riait, parfois il pleurait, sans savoir pourquoi. Un matin, en se regardant dans le miroir, il ne se souvenait plus son nom. Il avait perdu son nom, mais ça ne le dérangeait pas, car il gardait en lui des milliers de vies des autres. Il était immortel.
Le temps a passé. Un jour, il a trouvé un livre plus vieux que tout autre. Sur la couverture était écrit un seul mot, à l’encre pale : Moi.
Il l’a ouvert avec les mains tremblantes. Il n’y avait pas d’images ou d’odeurs, juste une page blanche. Il a compris : il avait été trop occupé avec les souvenirs des autres et avait perdu sa propre histoire. Il a fermé le livre et il s’est levé. Pour la première fois, il est sorti de la bibliothèque. Il est allé dans la ville et a marché jusqu’à un jardin. Un enfant y jouait parmi les feuilles.
— Tu m’entendes ? lui demanda Emil.
L’enfant hocha la tête.
— Tiens ce livre, lui dit Emil. C’est pour y écrire ta vie. Ne le perds pas !
Puis, il est disparu, comme les souvenirs inestimables : lentement, sans aucun bruit.

