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Daniela-Anastasia Balog, Prose courte, Group IV

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Daniela-Anastasia Balog, 31 ans, de Răscruci, département de Cluj, Roumanie, participe à la 6ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire. Nous la remercions pour sa participation et lui adressons tous nos vœux de succès.

        J’aimerais voler votre sourire

Tous les matins ont un sens différent. L’odeur du matin où je me suis mise à écrire, ce fut semblable à l’odeur du pétrichor, à l’air fraîche de la forêt après la pluie. Un parfum vert et un peu humide, riche en oxygène – l’oxygène de la liberté.
« Décris ce que tu vois derrière cette haie devant toi. », dit une voix. « Il n’y a aucune haie devant moi ». Aucune haie, aucune grille, aucune barrière, aucun mur.
La seule barrière que je pourrais m’imaginer, ce serait la limite entre Terre et Eden. Une haie infinie – ou une rivière ; derrière elle, un jardin énorme, couvert de soleil et de lumière. Et non ; ce n’est pas ce soleil qui brûle, ce n’est pas cette insupportable chaleur des étés torrides, étouffantes. C’est une lumière douce, qui remplit âme et corps, comme le toucher d’un être aimé lorsqu’on a épuisé toute source de bonheur, d’énergie, toute joie de vivre… En fait, chaque fois que je pense à cela, il y a quelque chose qui raisonne en moi : et Si tu passes la rivière ? Et tout d’un coup, tout se transforme devant moi. Le mot devient chemin. – Pas un chemin de terre battue ou de pierre. – Un chemin tissé de souvenirs, de rêves épars. Je le ressens comme un tapis vivant qui tremble sous mes pieds.
Je lève les yeux. Là où il n’y avait rien, il y a maintenant une haie étrange. Je vois des centaines de plantes grimpantes, dont les tiges flexibles et allongées se disposent circulairement. Au centre, un grand trou noir, qui grandit et s’amincit en fonction de la lumière qui y pénètre. Je m’éloigne un peu, je fais quelques pas en arrière (et j’observe que je suis assise sur une paume). Parmi les lianes que je vois, il y a plein de lettres, de mots et de phrases écrites dans une langue que je n’ai jamais apprise, mais que je connais. Vue de loin, cette structure fine et pigmentée, en anneau, semble être celle d’un iris bleu, qui règne sur la verdure de mon matin comme le bleu du ciel. « J’aimerais voler ton sourire ! » Cette voix revient de temps en temps, me rendant à la fois troublée et émerveillée. Je l’entends encore, comme si elle s’était gravée sur l’arrière de mes paupières. Cette voix n’a pas de visage – ou peut-être elle en a cent, fugitifs et flous ; elle surgit, murmure et repart. On dirait que son effet est semblable à l’énergie de mon portable : elle me recharge, me reconnecte à moi-même, elle me rend présente. Mais elle me rend aussi dépendante des couleurs qu’elle imprime sur mes jours, car une fois disparue, une partie de moi devient une photo noir et blanc.
C’est là que commence le véritable apprentissage : il faut ne pas attendre à être chargé de l’extérieur. Ne pas retomber dans l’absurde camusien, ne pas attendre à ce qu’un sens de l’extérieur vienne, alors que le monde se tait. Mieux vaut savoir devenir sa propre source. Apprendre à transformer le silence en quelque chose de fertile, à sculpter le manque et les pertes et les rendre des actes de résistance contre le vide.
Alors j’essaie. J’écoute la voix du silence, sans être cependant un promeneur solitaire, mais un passant entouré de gens, un être sociable se laissant parfois conduit par les rythmes des Nocturnes, du River flows in you ou de We are. Je marche, je scrute les détails, j’écris. Je crée des fragments de silence et de sourire pour remplacer celui qu’on aurait pu me voler. Et je sens occasionnellement une chaleur montant de l’intérieur. Une sorte d’énergie qui ne vient plus de cette voix, mais de moi, de ce que je suis, de ce que je deviens au moment où je cesse d’attendre ce je ne sais pas quoi qui me fasse vivre. Est-ce que ce sourire m’appartenait vraiment ? S’il était à moi, alors voler mon sourire, c’est peut-être me rappeler que je l’ai toujours eu. Et s’il m’appartient, j’ai toujours été le propriétaire de quelque chose qui dépasse le corps, d’une onde éphémère à premier regard, mais immortelle dans son essence, qui touche, traverse et transforme.
Pourquoi ne peut-on apprendre dès sa naissance qu’à force d’attendre, on s’éloigne de soi ? Qu’il faut respirer, même si l’air semble tiède. Qu’il faut marcher, même si les jambes hésitent. Qu’il faut mettre en valeur sa propre lumière, que ça brûle ou non. Que notre sourire est comme une chanson qui reste dans l’air après avoir arrêté de la chanter, comme un parfum qu’on n’oublie jamais. Qu’il est possible que nous soyons, nous-mêmes, le point d’ancrage de ceux qu’on croyait être notre source de vie. Que notre souris est un souffle dans un monde saturé de cris.
Vole mon sourire ! J’en ai des milliers !

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