Concours de poésie

Valentin Claudel, Poésie, Groupe IV

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Valentin Claudel, 26 ans, de Montferrat, France, participe à la 6ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire. Nous le remercions pour sa participation et lui adressons tous nos vœux de succès.

Le chant du cygne

Sur le lac éthéré d’une moire opaline,
Où du saule éploré s’abîme la ramure,
Le vent vient caresser de son tendre murmure
L’ivoire évanescent d’une plume orpheline.

Dans la douceur feutrée des vêpres saturniennes,
Glissant sur l’onde claire ourlée d’orbes fuyants,
Un cygne auréolé d’un halo scintillant
Offre au jour en déclin sa grâce apollinienne.

De la gorge d’argent, un chant soudain s’élève,
Amer ainsi l’absinthe et mordant tel un glaive,
Mystère vaporeux aux accents de cristal.

Du céleste cadran l’éperon inflexible
Interrompt un instant son ascension fatale ;
La brise étreint le val et le monde est paisible.


Lorelei
Traduction et adaptation du poème allemand
« Die Lorelei » de Heinrich Heine


Ah ! Qui saura d’où vient la langueur qui m’afflige ?
Mon âme est tourmentée par un conte d’antan ;
Les hauts pitons flamboient dans le jour succombant,
Et le val tout entier est saisi de vertige.

Là-haut, à l’apogée, dans l’éther qui se fige,
Résonnent les échos d’un refrain lancinant ;
Les traits peignés d’azur, parée d’or et d’argent,
Immobile, elle attend ; est-elle ondine ou stryge ?

Balloté par les flots, au creux d’un frêle esquif,
Le pêcheur éperdu, pris d’un trouble si vif,
Au mépris des écueils, n’a d’yeux que pour les cimes.

Je crois entendre encor le souffle sans retour
Du pêcheur alangui que Lorelei abîme,
Au gré de l’onde impure où il dort pour toujours.


Testament

À l’aphélie de l’être, où le jour succombant,
Dans un suprême élan, avant de disparaître,
Exhume des entrailles de son sein déchiré
Et l’ambroisie dorée, et le nectar vermeil,
Le vieillard accablé par tant de nuits de veille,
Pressentant la bataille qu’il ne pourrait livrer,
Sentant confusément qu’il se devra soumettre,
Dans une ultime lettre, écrit son testament.

Une vie dévolue à l’éternelle quête,
Par-delà la tempête, aspirant aux cieux,
Éconduit par les dieux, raillé par les prophètes,
L’insondable absolu se refuse à ses yeux.

D’un art inaccessible hanté par l’idéal,
Dévoré de ferveur, brûlant de s’élever,
Banni pour son malheur des seuils de l’empyrée,
Sa flamme inextinguible enfièvre son tantale.

Lancé à la poursuite illusoire des nues,
Les chaînes ni la clé ne le peuvent tenir ;
Approchant du zénith au prix de sa vertu,
Il en est refoulé par l’aile de Zéphyr.

Des tréfonds de l’abîme, offrant éperdument
Au verbe de Phébus l’obole de ses jours,
Il est seul à présent, il s’éteint loin des cimes,
Ses muses se sont tues et ses membres sont lourds.

Et bruissent les soupirs dans les champs d’Asphodèle,
Où sanglotent la lyre et l’enfant infidèle ;
L’indomptable chimère, obsédante, l’embrase,
Éclat crépusculaire, agonisante extase.

Captif impénitent d’une prison sans murs,
Des stigmates du temps marqué par la morsure,
Vidé de sa substance, à présent il est seul,
Sur un lit de glaïeuls, au point de l’existence,
Vacillant aïeul, pressentant l’imminence,
D’or sera son silence,
D’ivoire son linceul.