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Alexandre Aude, 45 ans, de Courpalay, France, participe à la 6ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire. Nous le remercions pour sa participation et lui adressons tous nos vœux de succès.
1.
On ne m'a jamais dit "mon amour".
Sauf toi dont je peine si souvent à voir les contours.
Pourtant je l'ai dit souvent, plus qu'à mon tour. Je l'ai dit au vent, aux hirondelles, au parfum des roses et à ton front assoupi quand on a trop longuement fait l'amour.
Je l'ai dit aux femmes qui rient quand le vent joue sous leurs robes, aux enfants qui dansent dans les bulles de savon, aux magnolias le temps qu'ils sont en fleurs. À la mort, même, parfois.
Mais moi, je suis de celle dont on ne se risque pas trop à en dire. On ne s'attache que du bout des cils, du frôlement des doigts. Il y a des béances en moi qui font craindre que l'ensorcellement soit irrémédiable.
Il y a sur mon corps des cercles de fées, et quand on y pose baiser, on devient fou à lier. C'est ainsi. Pour m'aimer il faut être inconscient ou bien déjà dieu vivant.
On ne m'a jamais dit " mon amour ".
C'est vrai. Pourtant je ne m'en suis souvenue qu'avant hier. Comme une pièce que l'on n'a pas ouvert depuis longtemps. Qui sent le linge blanc empesé et la dentelle de lavande. Il y a une odeur de vagues qui s'en viennent et qui en repartent. Des murmures de mes rires découpés en grimoire et reliés tendrement sous les plis de mes seins. Ce sont des coffres que l'on ne soulève pas si facilement que cela.
Et pourtant moi, de mes paumes, j'ai soulevé le monde. Je l'ai gardé tout contre moi quand il pleurait, quand il avait froid. Je l'ai bercé de ma voix et de mes tempes quand tout au cœur était chaos et frayeur. J'ai été celle qui revient d'après le bûcher sans une brûlure sur la peau, sans une écorchure à l'âme.
Je suis faite d'éternité. Et jamais rien n'est parvenu à bout de mon immensité.
On ne m'a jamais dit " mon amour ".
C'est vrai.
Sauf toi, bien sûr. Quand tu te souviens enfin de moi. De nous. Du lit accroché aux étoiles en hamac immense. Le coton tressé tout contre nos corps nus. Enlacés jusqu'après toutes les aurores du monde.
On ne m'a jamais dit " mon amour ".
Sauf toi.
Quand tu chevauches le vent et que je dors sous ton flanc.
On ne m'a jamais dit " mon amour ".
Mais pourtant chaque instant je l'entends.
Mon amour…
Mon amour.
2 .
J'ai essuyé les gouttes qui se sont versées sur le pied de la table en bois. J'ai cette tendance là. Je fais des tâches. Quand je bois, quand je parle, quand je fais l'amour.
Je ne suis pas de ces prudences qui n'éclaboussent rien. Chez moi, y a des éparses, c'est le nom que l'on donne aux choses qui parlent de mes journées et traînent dans mon sillage.
Elles se suivent aussi sur mon visage. Je suis une table ouverte, avec encore la confiture, le beurre et le reste du thé froid du matin. Tu peux t'y installer encore un instant, pour rêvasser. Le vent a fait tinter le carillon de la terrasse. Et la pluie n'a pas encore tout délavé du soleil de la veille.
Y a des miettes de nous au bout de mes doigts. Je n'appuie pas trop fort. Je ne voudrais pas qu'elles se décollent. Par instant, elles vibrent doucement. J'ai aperçu un lézard endormi dans le trou installé en muret. Tu sais, il y a des ombres portées qui quadrillent mon cœur. Mais on y fera pousser des passiflores. C'est joli en été. C'est un souvenir coloré en hiver dans le sachet des tisanes qui font rêver de toi bien fort. Mes couettes y sont lourdes comme ton corps qui retient le mien. Ma force, je te la dépose. Juste là. À l'écartée de tes cuisses, à l'étau de tes fesses.
J'ai passé un instant d’entrebâillement. Mon cœur rappelle qu'il faut un peu respirer. J'ai de l'apnée de toi. Ne le répète pas, qu'il ne faut pas. Ne le répète pas. Je n’en ferai rien. La plongée en toi, c'est un choix. Un jour ta mer sera trop loin. Pour l'instant, elle est entière à mes yeux, à ma bouche.
On marche toujours seul au monde dans les plages désertes de l'aube. Nos pas crissent autrement sur la neige neuve. Et tes yeux qui se débordent de larmes quand tu tentes de les faire rire, je les recueille dans mes paumes. Il y a des précieux qui n'ont de mots que celui qu'on ne dit pas.
J'ai attrapé froid mais mon corps n'en dira rien. Il fait toujours froid quand ta peau est absente. Alors, il me reste d'attendre à travers les nuages l'éclaircie de ta revenue.
Dans ces instants-là, la rue devient unique.
Le sable fin.
L'océan écume.
Et ton pas autorise mon inspire.
J'ai cette tendance là. D'éclabousser d'amour. Tout ce qui n'est pas toi, de toi.
3.
J'ai vu tes yeux humides comme on arrête d'avoir peur du vide.
Y a des marelles invisibles à tes pieds. De la craie effacée qu'à moitié. Le ciel sous la terre.
J'ai trouvé, je ne sais comment, un banc pour m'asseoir dans ta cour de récréation.
Par moment tu joues à chat avec ton ombre. Que tu es beau avec tes ailes en carton peintes. Des auréoles plein les iris. Du brun l'or des vieux rois.
Trois cailloux et un coquillage. Tu n'as rien dans les manches mais toutes les parties gagnées d'avance.
Je voudrais te crier que tout va bien mais tu le sais déjà.
Tu le sais tellement.
Je vais attendre dans le cagibi que tu ranges les dernières balles. J'aurai une robe de grandes vacances et des sandales qu'on attache sur le côté.
Y aura beaucoup de chemins de campagne juste pour toi et moi.
Juste pour toi et moi.
Encore une fois.
Categories: Concours de prose










