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Guy Bordin participe à la section « Prose courte » du Concours International de Création Littéraire, 5ème Édition, de Bruxelles, Belgique et a 64 ans. Nous le remercions pour sa participation et lui souhaitons du succès.

Le phare, le serpent et l’aigle
par Guy Bordin
L’homme débarqua une fin d’après-midi de septembre. Du taxi qui le conduisit au centre, il trouva des airs de Lisbonne aux faubourgs qu’il traversait. Parvenu à son hôtel, situé au sommet d’une rue pentue, c’est un souvenir de la colline Santa Teresa à Rio qui se raviva en lui. Il était pourtant loin de ces villes, arrivé au beau milieu d’un pays enserré entre la Russie au nord, la Turquie et l’Arménie au sud, la mer Noire à l’ouest et l’Azerbaïdjan au sud-est.
Avant son départ, on lui avait dressé une liste des sites à ne pas manquer, nombreux et disséminés un peu partout à travers les anciennes Colchide et Ibérie. Alors, par où entamer le périple ? L’homme se dit qu’il ferait comme à son habitude, laisser les signes décider pour lui.
« Prenez le funiculaire et montez au parc Mtatsminda de nuit, lui recommanda la patronne, Tbilissi vous apparaîtra comme une parure de diamants brillant de mille feux. » Ce qu’il fit le soir même. Son regard ne s’attarda pourtant pas sur le fourmillement des minuscules points lumineux, il se fixa longuement sur les éclairs de l’orage sec qui illuminait le ciel depuis les montagnes du Caucase dans le lointain. Bientôt, son esprit transforma le phénomène météorologique en un majestueux phare céleste à la portée infinie. L’homme, captivé, faillit manquer le dernier funiculaire de la soirée.
Le lendemain, il se rendit au grand marché aux puces installé sur la rive sud de la Koura. Dans une échoppe de bijoux, il fut attiré par une bague serpent en argent. Lorsqu’il voulut la glisser à son majeur gauche, une vision interrompit son geste : un guerrier du Caucase portait cette bague, puis la retirait ; elle se métamorphosait alors en un long serpent qui ondulait et venait se lover à ses pieds. Lui d’un naturel si craintif des ophidiens souriait à l’animal. Revenu à lui, il acheta le bijou.
Il marcha ensuite sans trêve à travers la ville et, fourbu, entra dans l’enclos ensoleillé d’une petite église, où un pope, assis sur un banc, et un chat roux, couché sur un muret, somnolaient. L’homme s’installa sur un autre banc et s’assoupit à son tour. Lui vint un curieux songe : il était dans un village de montagne et se tenait au pied d’une ancienne tour de garde érigée sur un piton rocheux. Il descendait un étroit sentier lorsqu’un aigle, qu’il n’avait pas vu surgir, s’immobilisa au-dessus de lui. Tous deux restèrent un moment sans mouvement, à s’observer, puis l’oiseau reprit son ascension en s’assurant que l’homme le suivait toujours des yeux. Le rapace vira vers le nord.
Ce soir-là, dans son lit, l’homme récapitula ce qu’il avait vu depuis son arrivée : un puissant phare planté dans le Caucase, un serpent venu du Caucase, un aigle volant vers le Caucase. Il savait maintenant, et il s’endormit rassuré. Le lendemain matin, il s’engagea sur la route militaire géorgienne, celle du nord, celle des invasions et des marchands, celle aussi qui le conduirait jusqu’à la passe de Darial où, aux confins du pays, il pourrait contempler les ruines d’un château de la grande reine Tamar. Il avait rêvé d’elle pendant la nuit et y décela le premier signe de l’étape qui suivrait.
Categorii:Concours de prose










