Concours de prose

David Curtis, Prose courte, Groupe IV

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David Curtis, 33 ans, de Saint-Avé, France, participe à la 6ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire. Nous le remercions pour sa participation et lui adressons tous nos vœux de succès.

       DU TEMPS.

Du temps, j’ai peur.
Le temps qui passe. Le temps qui file. Tresse sur sa toiles la maille de nos rides. Le temps, celui qui s’agite au vent, s’assèche au soleil. Celui qui grandit et se cache à l’éveil.
J’ai peur du temps parce qu’il est un de ces voisins qui vient chez moi que je lorsque je ne l’attends pas. Parce qu’à chaque fois, c’est pour me causer de la douleur et voler un peu plus de mon bonheur.
L’échanson, plutôt que de servir à boire aux autres, préfère se servir lui-même. Aussi bien qu’un jour, il est entré par la fenêtre sans détour et s’est installé dans ma maison. J’ai bien essayé de l’en empêcher, mais le bougre est si rapide que je ne parviens pas à l’en chasser ! Il rampe à terre, saute en l’air, voltige sur les toits pour retomber sur moi, l’air de rien, à l’aide de son fil de soie.
La journée, j’en tremble de la tête aux pieds tant je le sens glisser sur ma peau. Et la nuit, j’ai peur si je m’assoupis tant il me vole de mon repos.
Le temps est insatiable. Il se repait de ses proies sans jamais s’en satisfaire. Si personne ne gagne contre lui, c’est que tout le monde y perd.
Enfin… Je le croyais. Mais voilà qu’un jour, je cessai de m’agiter.
Sous mes yeux fatigués, j’ai regardé le temps filer. Je l’ai vu vivre, ému par le spectacle de sa beauté.
Je l’ai observé se promener entre nous, parmi eux, sur moi, et même en vous. Et c’est à ce moment-là que tout a changé.
J’ai découvert que dans sa toile, le temps nous avait liés. Il m’a appris qu’à trop chasser la vie, on se rendait aigrit. M’a expliqué qu’il n’avait jamais été mon ennemi. Le temps ne cherchait qu’à devenir mon ami.
Si seulement je l’avais compris plus tôt.
Si j’avais su m’en satisfaire, plutôt que de rester solitaire.
Qui mieux que lui pouvait se targuer de m’avoir accompagné tout le long de ma vie ?
En l’apprivoisant, le temps m’est devenu aussi doux qu’une caresse. Il m’a offert la promesse que si je partais un jour, lui prendrait soin en retour de mes plus chers trésors ; tout ce qui habite et habille ma chair.
Laissons-le se servir. Il faut apprécier du temps de son vivant la dextérité de ses manœuvres et l’habileté de son talent.
Qui d’autre mieux que lui esquisse les paysages de nos corps nus ? Lisières et frontières, forêts et sommets, volcans et océans d’une pureté telle qu’aucun artiste ne les égale. Car le temps fait son œuvre.
C’est vrai, ce n’est pas l’idéal d’être rendu vieux. Cela nous rend parfois malheureux.
Mais c’est aussi pourquoi il nous est précieux…
Un jour, enfin, sous ses couvertures de satin, il nous faudra bien que nos yeux soient éteints pour réaliser ô combien nous étions amoureux —
Des heures. Des minutes. Des secondes…
Du temps.