Concours de prose

Kamel Ameur, Prose courte, Groupe IV

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Kamel Ameur, 55 ans, de Vandœuvre-lès-Nancy, France, participe à la 6ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire. Nous le remercions pour sa participation et lui adressons tous nos vœux de succès.

Ialomita

Ialomita s’est échappée du lac comme une issue de secours au milieu de la foule. Elle a dévalé les montagnes pieds nus sur les roches et silence d’eau plein les rives. Ialomiţa s’est émancipée des masses d’eau et de montagnes, le lac d’altitude, les tâtonnements rocheux, les reliefs de gelée hivernale. La rivière veut voyager. Aller voir de l’autre côté du pays, les étincelles bord de plaine et les yeux cristallins. Les tempéraments jonchent le sol sur le fil de l’apaisement qui, sur son passage, inonde en douceur les cavités de terre encore inexplorées. C’est un voyage d’eau centenaire, source à paysage et profondeur de ciel à la surface de l’eau. Ialomiţa est telle une rivière ouvrière, belle comme une larme d’eau chaude devenue eau de rizière tout là -bas, vers l’est, à proximité des océans pacifiques. La rivière travaille la terre comme les abeilles, lorsqu’elles déambulent les prairies fleuries, chassant le pollen et les fleurs auxquels personne ne porte attention. Ialomiţa aime les éclats de balade, hasards de chemins qui n’en sont pas, puisque l’immense fleuve patiente sa venue, comme les milliers d’affluents qui font de ce décor d’eau fraiche, un paysage généalogique imitant les branchages dispersés sur le sol. La belle sera tendre et passionnée, comme une rébellion de printemps qui tomberait la pluie et des fleurs en même temps. Tout un arsenal de douceur, que les verdures montagneuses intensifient de leurs couleurs chemins de pierre blanches et grisonnantes. La succession d’arrondis d’altitude propulse la plongée des nuages jusqu’à la surface des fleurs. Le sol plat, désert d’herbes au ras du sol, raconte, muet, la plaine et les chevaux en liberté. Ialomiţa voyage les sédiments et les particules précieuses. Elle porte un joli prénom dont les initiales s’écrivent en écume à l’approche des monts Bucegi. Près des rochers d’argile, les maisons en bois envahissent la plaine Baragan, comme autant de bergers solitaires. Les lieux-dits près des sommets se prononcent amoureuses fleur d’Edelweiss.


Les trains qui passent
Nous avons suivi la voie ferrée, enfin ce qu’il en reste. La voie ferrée s’enfouie sous la terre et ne livre ses rails de fer forgé qu’en pointillé, sorte d’étapes successives et discontinues, charge à l’imagination d’en reconstituer le voyage train fantôme qui naguère, longeait le fleuve. La nature a pris possession du lieu. De la terre et des gravats, toute une ribambelle de prairies et de vergers en brouillon joyeux et en liberté d’oiseau migrateur. La fin de la journée, un brin estival, est propice à l’exploration de ces espaces, que la végétation en parapente invite à une marche en constant devenir. Le cerisier expose ses fruits rouges, l’herbe en chandelier fait des variations d’octave, un oiseau vert passe en toute hâte, virevolte le grand air et miraculeusement fait de l’endroit une surprise. La voie ferrée est comme une rue de quartier, elle longe le fleuve, les graffitis et le vent sur les herbes hautes. Cela fait penser à un défilé de fin d’année printanière, quand les jours d’école deviennent des tables à jouer et des récréations de lecture à l’ombre de chênes centenaires. Les chemins étroits à travers les buissons font la part belle aux arbres à chenilles et aux coquelicots d’altitude. Il y a des murs aussi, abandonnés, tout en friche de béton, avec de grandes ouvertures qui laissent passer le ciel et les fenêtres. La voie ferrée et les chemins de terre pleine, le train navigue les marchandises à cliquet pour des rêves coquets que les arbres fantaisie semblent raviver de leurs ombrages, mouvant le sol d’une fraicheur tremblante. La voie ferrée finit par s’effacer, comme des mots maladroits sur du papier humide. Une histoire de chemin comme tant d’autres. Le chemin se poursuit en images et en paraboles désaffectées. Les usines, sans même l’espace d’un bruit, font du béton de rivage et des murs attrape ciel. Mais rien n’y fait. Les feuilles d’eau glissent sur l’eau et le ciel tombe, constant les couleurs de la fin de la journée. Les arbres se suivent, mais aucun ne se ressemble. Ils suivent le chemin cabossé, pavé de pierre agglomérée et de frises de galets émiettés. La suite n’est qu’un pas chassé de bitume, mêlé du bruit sableux des pas qui avancent la balade inconnue qui se découvre. C’est tout naturellement que le souvenir soudain s’imprime. Juste avant de s’arrêter, juste avant la route vers la ville, les jardins font timbale de feutrine et terre de montagne. Les tulipes et les Iris de Sibérie viennent de fleurir. Peut-être iront elles jusqu’aux racines des arbres, peut-être les amoureux sur les quais, peut-être un peu du ciel tout chiffonné. Le bruit des autos et de la ville est devenu sourd. A hauteur de péniche, on peut lire : vivre en paix et pourquoi pas le voyage.


Bucarest
Elle m’a encore écrit. C’est la troisième fois cette semaine. Toujours plus de jolis mots et cette écriture à l’ancienne, alignée comme du papier à musique. J’entends son écriture comme une chanson de village les jours de fêtes populaires. Les courbes des lettres s’ajustent aux lignes d’horizon avec la précision d’une bourrasque de fin d’après-midi. Les mots distingués, les uns derrière les autres, s’étalent comme des peintures rupestres au bord du Danube. Bucarest, comme si nous étions faits l’un pour l’autre. Il y a quelques jours, à peine, Il y a quelques jours l’amour. Bucarest a la délicatesse de vos gestes tendres. Tout l’indique, les instants de contemplation et ce qu’elle ne dit pas. Le souvenir que je ne saurais exprimer dans si peu d’espace, semble déjà ancré, comme ces embarcations, le long des allées, là où les romances touristiques aiment à vagabonder les soirées étoiles de fleuve et orchestre à violons. J’ai vu dans vos yeux la curiosité que suscite les villes au grand destin printanier. L’étonnement et la beauté, comme des passions communes, réunies autour d’un fleuve pour œuvres d’art, contemporaines ou tout simplement humaines. Les dimanche après-midi ne semblent prévoir que flâneries sur les bancs publics et musées d’exposition sur les grandes avenues. Pourtant les œuvres d’art, ici, sont particulièrement touchantes. La ville et son histoire et tout ce qui peut témoigner de sa sensibilité brutale et de ses déclarations romanesques. Les cheveux fins et le vent, le pétillement du voyage, peut-être pourrions-nous visiter ensemble le village de mon enfance ? Parce qu’il y a partout le souvenir d’un village d’enfance. Loin, la montagne, les routes de terre et de pierres hostiles, le lopin de jardin prés des maisons de pierre et parfois aussi de larmes. Le Danube semble raconter un peu de tout le pays, large passerelle d’eau et de lacs réunis. Les rivières y accostent leur longue patience, Dambotiva et Calentina, noms à aimer comme des fleurs cueillies sur la falaise ou une gorgée d’eau un jour de pluie. Les collines et les grandes architectures explorent le volume et les appels d’air, peut-être pour mieux en apprécier la douceur. Les drapeaux, les amoureux et les jardins, c’est comme un art nouveau de la légèreté. La bruine, près des fontaines, habille les monuments de fantaisie arc en ciel et de couleurs aquarelle. Bucarest, toujours plus de jolis mots et l’envie d’écrire encore le pays et la ville que je ne connais pas. Le Danube, son esquisse des océans du bout du monde et des bateaux tranquilles.