Mireille Albers participe à la 7ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire de Céroux-Mousty, Belgique, à l’âge de 63 ans. Avec tous nos remerciements pour cette participation et nos meilleurs vœux de succès.
PAR LE TROU DE LA SERRURE
Comme chaque été, mes petites-filles passent une semaine avec moi.
Et comme chaque année, on se dépense sans compter.
Un peu à la mer, quelques jours dans les Ardennes, une visite à Bruxelles ou encore une journée à Bokrijk. On n’a pas le temps de s’ennuyer.
Il y a tellement de choses à faire !
Or, un soir, alors que je préparais le souper, j’entendis Louise et Lucie se chamailler.
- – « Bouge-toi de là » cria Louise.
- – « Non, toi ! » renchérit Lucie.
- – « Mamouchkaaaaaa ; y a Lucie qui m’ennuie ! »
- – « Mamouchkaaaaaa ; même pas vrai, d’abord ! »
« Mamouchka » c’est moi évidemment, c’est mon nom de grand-mère.
– Que se passe-t-il donc ici ? Pourquoi criez-vous ainsi ?
Louise commence alors à m’expliquer qu’il y a quelque chose de bizarre derrière la porte. Lucie enchaine en remettant son œil dans le trou de la serrure.
- – « C’est vrai Mamouchka » dit Lucie.
- – « Oui » dit Louise « Il y a des tas de petites lumières qui brillent. »
Ma curiosité est piquée au vif et je demande à mes puces si, moi aussi, je peux regarder. Lucie se retire pour me laisser la place mais curieusement je ne vois rien.
- – « Normal » me dit Louise, «t’es trop vieille ! »
- – « Ah ben merci » dis-je en prenant ma voix de vieille mémère.
- – « Mais oui, tu vois ? » dit Lucie.
- – « Justement, non ! Je ne vois rien du tout. »
- – « Mamouchka, pour voir des choses magiques » me dit Louise, « tu dois regarder avec des yeux
d’enfants. »
- – « Oui » dit Lucie « ferme les yeux et repense à quelque chose que tu adorais quand tu étais petite. »
Je m’exécute donc et me revois à 6 ans, en petite patronnée avec mon papa qui m’apprend à faire des nœuds de cravate.
– « Alors ? » demandent les filles.
Je garde les yeux fermés et raconte ce que je vois.
- – « Dis Mamouchka, c’est quoi une patronnée ? »
- – « C’est comme les baladins et les scouts sauf qu’on avait une chemise verte et une cravate. »
- – « Maintenant » dit Louise « regarde par le trou de la serrure. »
- – « Oh ! Mais ça marche… Moi aussi je vois ces petites lumières qui scintillent… »
Quand tout à coup, nous sommes aspirées par le trou de la serrure.
Des centaines de lucioles nous tournent autour. Elles nous emportent au pied d’un arc-en-ciel.
- – « Où sommes-nous Mamouchka ? »
- – « Apparemment au pied d’un arc-en-ciel » dis-je toute entonnée de ne pas passer à travers.
- – « Génial » crient les filles, « de l’autre côté il y a un trésor. »
- – « Vite » crie Lucie « Allons-y ».
- – « Est-ce que c’est solide ? » demande Louise en plaçant prudemment le pied sur l’arc-en-ciel.
Quant à Lucie, elle me regarde, regarde l’arc-en-ciel et me dit :
– « Oui, mais Mamouchka, t’es quand même un peu grosse, et si ça craque ? »
Grosse, vieille, … ça fait toujours plaisir à entendre !
- – « Attention ! » dis-je avec ma voix de vieille bobonne
- – « Je traverse. » en imitant une petite vieille avec sa canne et le dos courbé. Les filles explosent de rire et me rejoignent en courant.
- – « Stop » crie un lutin en levant la main.
- – « Vous ne pouvez pas aller plus loin. Pour continuer ce voyage, vous devez réussir l’épreuve, mais si
Mamouchka donne la réponse, vous ne pourrez pas continuer votre chemin. »
- – « Vas-y dit Louise, on t’écoute. »
Le lutin prit une voix d’instituteur et demanda :
– « Combien font dix, dix, double dix, vingt-quatre plus trente-six ? »
Je souris car mon papa nous posait toujours cette opération. Les puces se mirent à réfléchir…
- – « Voyons, dit Louise, dix et dix… »
- – « Fastoche répond Lucie ça fait vingt ! »
- – « vingt et double dix » continue Louise.
- – « C’est quoi double dix ? » demande Lucie.
- – « Mais Lucie, double dix, c’est la même chose que dix plus dix. »
- – « Alors ça fait encore vingt » répondit Lucie.
- – « Donc on a quarante » calcula Louise.
Puis Lucie fronça les sourcils avec ce calcul de vingt-quatre plus trente-six.
- – « Trop facile cria Louise, ça fait cent ! »
- – « T’es trop forte Loulou » dit sa sœur très excitée.
- – « Bravo » dit le lutin « quelle équipe ». « Le chemin est par là… »
- – « Mais au fait, où mène cet arc-en-ciel ? » demande Louise.
Le lutin sourit, met un doigt sur sa bouche et chuchote :
– « Mystère et boule de gomme… Rendez-vous au prochain épisode… Bon voyage !»
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