Aude Alexandre participe à la 7ᵉ édition du Concours International de Création Littéraire de Courpalay, France, à l’âge de 46 ans. Avec tous nos remerciements pour cette participation et nos meilleurs vœux de succès.
Il y a un chêne dans ma forêt
Il y a un chêne dans ma forêt, on passe devant lui sans y penser. Il est grand. Il est sombre. Les oiseaux ne nichent jamais dedans. Jamais dedans.
Il y a un chêne dans ma forêt, il est né de la voracité du sang. Il y a des larmes qui ont nourri son tronc. On murmure encore à son sujet. On ne dort jamais dessous. Jamais dessous.
Il y a un chêne dans ma forêt. Avant il marchait sur deux pieds. Il faisait trembler le chemin. Ses bras n’avaient jamais étreint. Juste écrasé. Juste écrasé.
Il y avait un chêne dans ma foret. Avant sa bouche était béante. On craignait son appétit. On craignait de finir son éternité dans son ventre. À jamais dévoré. À jamais dévoré.
Et toi, petite fille, tu en avais de jolis bracelets. Et ton rire faisait joie. Et ta vie faisait vie. On restait pour toi faire durer le crépuscule. Jamais là. Jamais là.
Tu les aimais bien ces bois. Tout comme moi. Tout comme moi. Et je te voulais grande et heureuse. Mariée ou fabuleuse. Toujours joyeuse. Toujours joyeuse.
Je l’ai fait rentrer, petite fille, pour le retenir. Je l’ai laissé me manger. Pour le faire mourir, j’ai quitté notre vie à toi et moi. Pour toujours. Pour toujours.
Petite fille, ne pleure pas, ne pleure pas pour moi. Il fallait bien que je l’emmène avec moi sous la terre et l’humus. C’est là que vont ceux qui doivent partir. Pour toujours. Pour toujours.
Tu as grandi loin de moi et du chêne. Plus jamais tes filles n’auront peur de l’ogre de jadis. J’ai fait muraille sur ces racines de mon crane et de mes os. Pour toujours. Pour toujours.
Petite fille, fais chanter tes bracelets au soleil levant. L’ère des ogre s’en est allée. Je la tiens entre mes phalanges serrées. À jamais. À jamais.
Que dansent tes pieds sur la terre de mon ventre. Il ne pousse que des arbres de mon sang, plus jamais des dévoreurs d’enfant. Ris petite fille. Ris mon enfant.
Toi qui me lis, toi qui m’entend. Ne laisse pas les ogres grandir dans tes forêts ne les laissent pas dévorer la joie et les jours plein de rire et de chant. Ne laissent pas les ogres manger les petites filles et leurs enfants.
J’ai perdu le fil
J’ai perdu le fil.
Mon cœur s’est détissé. Te souviens-tu de mon front lisse sous ta bouche entrouverte ?
J’ai soif de tendresse comme les moineaux les jours de brasier.
Mon corps dépose dans la nuit. Fantôme blanc parmi les faux vivants. Les contes se légendent dans la marge. Mes couleurs s’étendent sur mes larmes.
J’ai donné le ciel, la terre et la rivière souterraine.
Te souviens-tu de mes lèvres sur tes hanches blanches d’hiver ? J’ai perdu la ligne et le chapitre. La page se découpe d’elle-même le long de mes cuisses froides.
Il existait des soleils. J’en ai goûté la brûlure comme on embrasse le deuil. La lune me sourit tristement et s’enveloppe de nuage. Va ma belle… ne t’attarde pas pour moi… Vole loin, vole haut, vole heureuse.
Je vis auprès du petit ermite. Les cavernes sont nos refuges. On joue avec les ombres à la chaleur de notre feu.
Mais mon cœur attend que tu te souviennes où tu l’as égaré. Je cherche à détacher la bonne étoile. Celle qui me parlera enfin de toi.
Qu’elle me murmure ton nom. Qu’elle me dessine ton corps nu. Qu’elle me rappelle ta voix qui murmure.
Qu’elle me rende ma force et mon élan, mon rire et ma joie.
Les papillons me luisent la fade lumière électronique. Ce monde est un jouet absurde et métallique. Ta peau me manque comme on cherche l’air après l’apnée. J’irai griffer la terre de mon ventre des sillons de ton corps. Tu seras mon étrange religion, ma prière soupirée en jouissance. L’ivresse poétique de l’extase. J’oublierai jusqu’à mon nom pour le remplacer par la broderie de ton souffle.
Et tu me souriras, de ce bonheur triste d’avoir tant tardé.
De ce bonheur triste d’avoir tant tardé.
Qu’est ce que tu veux que je te dise ?
Qu’est ce que tu veux que je te dise ?
La nuit j’arrive plus à écrire. Y a bien encore de l’amour en moi, mais il a des rivières, la sécheresse de l’été. Il craquelle. Il baille à la recherche d’humidité.
Y a tous ces chocs infimes qui m’ont mis le cœur au bord des lèvres. La nausée rance des corps l’errance.
Qu’est ce que tu veux que je te dise ?
J’ai bien compris les chairs, les soupirs, les désirs, les sommeils dans le creux de mes oreilles. Ces morts au monde le temps d’un sanguin afflux.
Y a cette lassitude de mener la danse. Ce besoin d’attendre qu’on me coupe, qu’on me réceptacle. Qu’on m’emplisse lentement. Sans heurt et sans déchirement. Sans blessure sûrement.
Qu’est ce que tu veux que je te dise ?
Ils m’ont assassiné tant de fois que je ne sais plus reconnaître mes fruits de mes racines. J’ai pas fermé les yeux. J’ai pas perdu mes bras. Je me suis juste allongée en contre bas.
Y a des cités en moi, des ruelles, des places désertes. Du soleil qui brûle les pavés inondés de solitude. Des lunes qui tardent à déverser leur lait dans mes ruelles, des abondances dans mes impasses.
Qu’est ce que tu veux que je te dise ?
Que je t’aime même quand tu t’en fous ?
Je verrais demain.
Ou une autre nuit peut être.
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